Procédures de sanction

ACPR vs AMF : Comment fonctionnent les sanctions des régulateurs financiers

Guide comparatif des procédures disciplinaires en France : de la détection du manquement à la décision finale, comprendre les étapes clés et les garanties procédurales.

Dernière mise à jour : 05/01/2026

L'ACPR (banque/assurance) et l'AMF (marchés financiers) disposent de pouvoirs de sanction structurés selon un principe commun : la séparation stricte entre l'autorité qui poursuit et l'organe qui juge, garantissant l'impartialité du processus. Voici comment fonctionnent ces procédures, étape par étape.

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Phase préliminaire : Détection et réponse graduée

Tout commence par la détection d'un manquement lors d'un contrôle (sur pièces ou sur place). L'ACPR privilégie une approche progressive avant d'engager une procédure de sanction.

Types de manquements

  • Non-respect de la réglementation (fonds propres, LCB-FT, etc.)
  • Non-respect d'une mesure de police administrative
  • Non-remise d'un programme de rétablissement
  • Non-respect des engagements pris lors de l'agrément

Réponse graduée du Secrétaire Général

  • Lettre de suite : observations formelles + demande d'explications
  • Mesures de police administrative : mise en garde, mise en demeure, programme de rétablissement, mesures conservatoires
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Ouverture de la procédure disciplinaire

Si les manquements sont graves ou persistent, le Collège de l'ACPR décide d'ouvrir une procédure formelle. Le Président du Collège notifie les griefs et saisit la Commission des sanctions.

Point clé : Séparation des pouvoirs

  • Le Collège poursuit (rôle de "procureur")
  • La Commission des sanctions juge (organe indépendant)
  • Les griefs notifiés fixent le périmètre du dossier
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Instruction par la Commission des sanctions

Un rapporteur est désigné pour instruire le dossier de manière contradictoire, garantissant les droits de la défense.

Rôle du rapporteur

  • Communique toutes les pièces aux parties
  • Auditionne la personne mise en cause (droit) et toute autre personne utile (faculté)
  • Peut demander au Collège de compléter les griefs si de nouveaux éléments apparaissent
  • Établit un rapport détaillé transmis aux parties (délai : 15 jours francs pour observations)

Garanties procédurales

  • Droit de récusation du rapporteur en cas de partialité
  • Principe du contradictoire : accès à toutes les pièces
  • Délai de 15 jours pour formuler des observations écrites
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Audience publique

L'audience permet la confrontation orale des arguments. Elle est en principe publique, sauf huis clos justifié.

Déroulement de l'audience

  • Convocation : 30 jours francs minimum avant l'audience
  • Ordre de parole : (1) Rapporteur, (2) DG Trésor ou sécurité sociale, (3) Représentant du Collège, (4) Personne mise en cause + conseil
  • La personne mise en cause a toujours la parole en dernier (principe du contradictoire)
  • Droit de récuser les membres de la Commission participant à la délibération
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Délibération et décision

La Commission délibère en toute confidentialité et rend sa décision, qui peut être contestée devant le Conseil d'État.

Issues possibles

  • Notification de la décision aux parties
  • Publication au registre officiel (nominative ou anonyme)
  • Recours de plein contentieux devant le Conseil d'État (le juge peut annuler ou réformer, y compris le montant de la sanction)

Garantie d'impartialité

  • Délibération hors présence des parties, du DG Trésor, du rapporteur et de son adjoint
  • Confidentialité totale du délibéré
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Phase de poursuite par le Collège

Le Collège de l'AMF est l'autorité de poursuite. Il examine les rapports de contrôle ou d'enquête et décide de la suite à donner.

Décisions possibles

  • Ouverture d'une procédure de sanction si des manquements sont constatés
  • Notification des griefs aux personnes concernées
  • Transmission du dossier à la Commission des sanctions
  • Alternative : proposition de composition administrative (transaction)

Option transaction

  • Procédure de composition administrative possible sous certaines conditions
  • Accord entre la personne mise en cause et le Secrétaire Général de l'AMF
  • Validation par le Collège puis homologation par la Commission des sanctions pour devenir définitif
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Instruction par la Commission des sanctions

La Commission des sanctions dispose d'une totale autonomie de décision. Elle est composée de 12 membres (magistrats et professionnels) distincts du Collège.

Rôle du rapporteur

  • Désigné par le Président de la Commission parmi ses membres
  • Conduit l'instruction de manière contradictoire
  • Présent lors de l'audience MAIS n'assiste pas au délibéré
  • Ne prend pas part à la décision finale (garantie d'objectivité)

Séparation stricte

  • Collège = rôle de "procureur" (décide de poursuivre)
  • Commission des sanctions = tribunal indépendant (examine et juge)
  • 12 membres totalement distincts de ceux du Collège
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Audience et sanctions

Depuis octobre 2010, les séances de la Commission sont publiques pour améliorer la transparence et la compréhension des affaires.

Types de sanctions

  • Sanctions pécuniaires (amendes)
  • Sanctions disciplinaires : avertissement, blâme
  • Interdictions : temporaire ou définitive d'exercer tout ou partie des services fournis

Publication et jurisprudence

  • Décisions publiées pour informer les professionnels et épargnants
  • Constitution d'une jurisprudence AMF accessible
  • Objectif : clarification des règles de droit
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Recours

La présidente de l'AMF peut former un recours contre une décision de la Commission des sanctions, après avis du Collège. La personne sanctionnée peut également contester la décision.

Voies de recours

  • Recours possible par la présidente de l'AMF (après avis du Collège)
  • Recours également ouvert à la personne sanctionnée
  • Conseil d'État : pour les professionnels soumis au contrôle AMF (art. L.621-9 II CMF) et personnes physiques agissant pour leur compte
  • Cour d'appel de Paris : pour toute autre personne (puis pourvoi éventuel devant la Cour de cassation)
Critère ACPR AMF
Périmètre
Secteur régulé Banque et assurance Marchés financiers et produits d'épargne
Entités supervisées Banques, assurances, mutuelles, PSP, EME Sociétés cotées, prestataires de services d'investissement, conseillers en investissements financiers
Phase préliminaire
Détection des manquements Contrôles sur pièces ou sur place → Rapport de contrôle Rapports de contrôle ou d'enquête examinés par le Collège
Approche graduée Oui : Lettre de suite → Mesures de police administrative (mise en garde, mise en demeure, programme de rétablissement, mesures conservatoires) Option de composition administrative (transaction) possible avant sanction formelle
Séparation poursuite / jugement
Autorité de poursuite Le Collège de l'ACPR (rôle de "procureur") Le Collège de l'AMF (rôle de "procureur")
Organe de jugement Commission des sanctions (organe indépendant) Commission des sanctions (12 membres distincts du Collège)
Notification des griefs Par le Président du Collège ACPR Par le Collège AMF
Instruction
Rapporteur Désigné par le Président de la Commission des sanctions, peut être récusé Désigné par le Président de la Commission parmi les membres
Rôle du rapporteur Instruction contradictoire, auditions, rapport détaillé transmis aux parties (15 jours pour observations) Instruction contradictoire, présent à l'audience MAIS absent du délibéré (garantie d'objectivité)
Principe du contradictoire Oui : communication de toutes les pièces, droit d'audition, observations écrites Oui : instruction contradictoire garantie
Audience
Publicité En principe publique (huis clos possible) Publique depuis octobre 2010
Délai de convocation 30 jours francs minimum Non précisé dans les sources
Ordre de parole Rapporteur → DG Trésor/Sécurité sociale → Collège → Personne mise en cause (en dernier) Structure similaire (séparation poursuite/défense)
Sanctions possibles
Types de sanctions Avertissement, blâme, interdiction temporaire/définitive, sanctions pécuniaires, publication Avertissement, blâme, interdiction temporaire/définitive d'exercer, sanctions pécuniaires
Recours
Voie de recours Recours de plein contentieux devant le Conseil d'État (annulation ou réformation, y compris du montant) Conseil d'État pour les professionnels (art. L.621-9 II CMF) · Cour d'appel de Paris pour les autres personnes (puis Cour de cassation)
Publication
Publicité des décisions Publication au registre officiel (nominative ou anonyme au choix de la Commission) Publication systématique pour informer les professionnels et épargnants + constitution de jurisprudence

Points communs fondamentaux

  • Séparation stricte entre l'autorité de poursuite (Collège) et l'organe de jugement (Commission des sanctions)
  • Principe du contradictoire : accès au dossier, droit d'être entendu, observations écrites
  • Instruction menée par un rapporteur indépendant
  • Audience publique (sauf exception)
  • Recours de plein contentieux possible (ACPR : Conseil d'État · AMF : selon qualité du requérant)
  • Publication des décisions pour transparence et pédagogie

Différences principales

  • ACPR : approche graduée très marquée (lettre de suite, mesures de police) avant procédure disciplinaire
  • AMF : possibilité de composition administrative (transaction) comme alternative à la sanction
  • AMF : publicité systématique des séances depuis 2010, accent sur la constitution de jurisprudence
  • ACPR : détail procédural plus précis (délais, ordre de parole) dans les textes

Sources officielles

ACPR

AMF